Interview

Le Dr. Abderrazak GUESSOUM, Interviewé par la Chaine Trois: «LA JUSTICE EST LA GARANTIE FONDAMENTALE DE TOUTE REFORME ET DE CHANGEMENT»

guessoum-abderrazak-ml-220x280Le Docteur Abderrazak Guessoum, était l’invité, ce jeudi 27/06/2013, de l’Emission « Histoire en marche » de la Radio Chaine Trois, animée par Meriem Abdou.

Les questions de la journaliste, ont été entièrement consacrées, au conflit syrien et à la Conférence du Caire  (13 Juin 2013).

Nous reprenons, ci-dessous, l’essentiel  du contenu des réponses du président de l’Association des Oulémas Musulmans Algériens aux questions posées, afin de permettre à nos lecteurs, de connaitre la position de l’Association sur certains sujets d’une grande complexité, et sur lesquels certaines controverses  semblent agiter aussi bien  la scène politique que la scène médiatique , ces derniers jours.

La Chaine TROIS :

Vous dites dans l’un de vos écrits que la réforme en Syrie notamment, ne pourra se faire qu’avec l’établissement de la justice, peut-on savoir un peu plus sur ce sujet ?

Dr. Abderrazak GUESSOUM : Effectivement, j’ai déclaré que sans la justice rien ne peut se fonder, étant donné que la justice est le fondement de toute réforme et de tout changement.

Dans ce sens, j’estime que les revendications des peuples, pour avoir droit à la liberté d’expression, à la justice, au droit de s’autodéterminer, ce sont des revendications légitimes auxquelles  adhèrent tous les hommes justes.

J’estime  qu’à mon avis, la responsabilité incombe aux hommes politiques, aux leaders de partis, et aux  intellectuels, qui doivent contribuer d’une manière ou d’une autre à mettre en place les instruments (mécanismes) nécessaires à l’établissement de cette justice qui est la garantie fondamentale de toute réforme et  de tout changement.

Qu’entendez-vous par intervention étrangère, « expression » que vous utilisiez dans vos écrits en évoquant le « Printemps arabe » ?

Il y a une certaine contradiction, à mon avis entre  le printemps arabe qui symbolise la fertilité, la fleur, la jeunesse et d’un autre coté l’intervention des forces étrangères d’occupation  à ces Nations.

Je ne trouve pas le lien entre  l’occupation et le printemps, tout en estimant que l’occupation étrangère a pour cause la dictature, qui opprime les masses et les peuples, et, de ce fait,  leur offre l’occasion  de porter atteinte à nos souverainetés.

Comment peut –on contourner et éviter cette intervention étrangère ?

Contourner, l’occupation étrangère, c’est justement mettre un terme à cette dictature, qui en est la cause, et qui contraint les masses opprimées, faute d’autres choix, à aller embrasser le lion ou la panthère…

Mais j’estime que les masses bien conscientes de leur identité, de leur patriotisme, de leur personnalité, ne peuvent accepter d’être sous le joug des forces étrangères.  Mais parfois, il semble qu’il n y ait pas d’autres alternatives, comme ce fut le cas en Libye par exemple.

Prenons le cas de la Syrie, qu’est ce qui a conduit au glissement que nous observons ?

J’estime qu’il y a toujours d’autres moyens permettant d’éviter l’intervention étrangère, à savoir, et si j’étais à la place du président Syrien Bachar El Assad, j’aurais fait appel, dès les premières manifestations ou revendications, aux contestataires pour leur demander « Qu’est-ce que vous voulez exactement  ? Voulez vous un changement ? , Je vous confie cette tache, mais je reste le garant de l’unité nationale », et j’aurais évité ainsi  l’effusion du sang, et les tentatives d’intervention étrangère.

Donc, je pense qu’une fois les Oulémas, les intellectuels, et les forces vives de la nation unies autour des idéaux de la nation, ils peuvent faire quelque chose, et mettre en échec toute tentative d’intervention étrangère d’où qu’elle vienne.

Comment expliquez vous la confrontation actuelle entre sunnites et chiites ?

Je pense qu’on a beaucoup parlé, et beaucoup d’encre a coulé ces jours-ci  à propos de la «  Fetwa »  émise par la Conférence  du Caire, dont il est question, et j’estime qu’il est nécessaire d’apporter certaines précisions  afin de dissiper certaines équivoques.

Parmi les précisions à apporter citons ce qui suit :

Ce n’est pas Cheikh Al Qaradawi qui a organisé cette Conférence. Ce savant éminent assez connu a été invité en tant que tel et aussi en tant que président de l’Union Mondiale des Oulémas Musulmans, et il a été invité au même titre que les autres associations, comme c’est le cas pour l’Association des Oulémas Musulmans Algériens. Donc il n’est pas à l’origine de cette conférence.

Cette conférence a été organisée par la Coordination des Oulémas Musulmans du Koweït, qui a invité une trentaine d’Associations, et avait  comme  ordre du jour l’adoption d’une  positon qui aiderait à trouver une solution au conflit et à la tragédie syrienne.

Et c’est dans ce contexte bien précis, que l’Association des Oulémas Algériens, représentée   par ma personne, a répondu favorablement à l’invitation.

Est-ce- que les Oulémas sont divisés sur la Question syrienne ?

Effectivement les Oulémas sont divisés, et même énormément divisés, sur cette question. Lorsque j’ai assisté à la conférence, j’ai contesté les résultats dans leur aspect procédural.

En invitant des personnalités éminentes, il faut d’abord leur donner le droit à la parole, pour s’exprimer, de les associer à l’élaboration de le la résolution finale, de ne pas exclure le Maghreb Arabe  de toute intervention, et de permettre  à l’issue de la lecture du communiqué final, aux personnes  ayant émis des réserves  sur certains points de s’exprimer.

Tous ces points ont été négligés, et c’est pourquoi j’ai émis des réserves lorsqu’on est venu me demander de signer une pétition, dans laquelle il fut question d’exclure de l’Union Mondiale des Oulémas, les oulémas chiites; j’ai dit non, je ne signe pas, et je ne suis pas d’accord avec vous , parce que la mission et la tâche noble des oulémas est d’unifier ,de concilier , non pas de marginaliser et d’exclure.

Est-ce – qu’il vous semble que la Conférence du Caire du 13 Juin a été politisée ? 

Cette conférence a été extrêmement politisée, la preuve est que le Maghreb arabe représenté par la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie, n’a pas eu le droit à la parole, et nous avons contesté cette « politisation » de la Conférence.

Pourquoi cette exclusion ?

J’estime qu’ils ont douté des positions de certains pays comme l’Algérie. Cette exclusion n’est pas juste et n’est  nullement justifiée…

Quel est votre appréciation sur l’appel au djihad tel que prôné  par la Conférence du Caire ?

Je pense que cet appel au djihad n’est pas fondé, parce que tout en étant personnellement avec la cause syrienne, il est de mon devoir de contribuer à mettre fin à l’effusion du sang par les moyens les plus pacifiques, et, de plus, nous sommes contre l’intervention étrangère d’où qu’elle vienne.

Par exemple, j’ai condamné dans mes écrits, l’intervention du « Hizb Allah » dans le conflit, comme nous condamnons l’intervention des autres pays qui veulent s’immiscer dans les Affaires de la Syrie.

C’est-à-dire en armant l’opposition ?

Moi, je ne dirai pas armez l’opposition ou ne l’armez pas; ce problème concerne l’opposition syrienne et le pouvoir syrien, et c’est à ces deux parties de trouver un terrain d’entente, par les tous les moyens pacifiques, et c’est à l’opposition d’être vigilante, et d’être consciente du danger qui la guette.

Comment intervenir dans ce conflit avec tous les dérapages constatés ?

J’estime que l’Algérie doit prendre des initiatives et de réunir les Oulémas, au même titre que de ce qui a été fait au Caire, en i invitant même Cheikh Al Qaradawi, afin d’entamer un dialogue avec lui et avec les autres, pour leur faire entendre qu’il n’ ya pas seulement l’option telle que préconisée par la Conférence du Caire, et qu’il y a d’autres points de vue qui méritent d’être entendus et discutés.

Les politiques doivent-ils se retirer au profit des Oulémas notamment en ce qui concerne le dossier syrien ?

A mon avis, les hommes politiques ont échoué dans leur mission consistant à résoudre le problème.

Il est du devoir des politiques, des intellectuels et des Oulémas de s’unir pour trouver un terrain d’entente afin de contribuer ensemble à l’apaisement  et au rétablissement de la justice et, de la liberté, et mettre fin à ces tensions qui secouent les pays arabes et mettre fin à l’effusion du sang.

Revenons à l’appel au djihad; pouvez vous nous en dire plus ?

Il faut faire une différence, quand il s’agit des revendications légitimes des peuples et lorsqu’il s’agit d’occupation étrangère, et sur ces cas là, nous sommes solidaires  et approuvons de tels appels. Mais, aller déclarer la guerre sainte  dans un conflit opposant deux fractions musulmanes, nous sommes contre, car c’est la « fitna ».

J’ai été également invité, un mois avant, au Liban, pour une Conférence cette fois-ci organisée par des chiites, en vue de trouver une issue à tous les conflits du monde arabe et musulman.

En étant là bas, j’ai également fait entendre ma voix, et dit qu’il est nécessaire, aux Oulémas d’être courageux et de procéder à une opération  chirurgicale et faire une ablation de l’origine du mal, et j’ai même ajouté que s’il faut sacrifier un individu pour la majorité, il faut le faire.

Vous faites allusion à Bechar El Assad ?

Certainement.

N.B. La Rédaction du « Jeune Musulman », s’est permise de reformuler certaines questions de notre consœur  Meriem Abdou, pour des raisons purement techniques tout en restant fidèle au sens de chaque question.

Merci à notre consœur