Actualité nationale

MANIFESTATION DE NON-JEÛNEURS : POUR QUELS BUTS ?/Mr Mahi TABET AOUL

Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, un groupuscule de fanatiques a osé s’attaquer ouvertement à l’islam en visant un de ses piliers, le jeûne du Ramadan en consommant publiquement des aliments. Le but en était-il de défier les musulmans de ce pays. Ce là s’est passé en pleine journée à Tizi-Ouzou et en plein Ramadhan. Ce groupuscule réunissait une centaine de personnes affiliées au  » MAK  » (Mouvement pour l’Autonomie Kabyle). Avant d’aborder ce sujet, je tiens tout d’abord à éviter tout amalgame de nature ethnique, puisque qu’il s’agit d’une infime minorité qui cherche à se montrer en face des flashs des projecteurs mais qui, en fait, n’a rien avoir avec la majorité de nos frères kabyles. Il est légitime de se poser la question de savoir la vraie raison qui se cache derrière l’action de ce groupuscule : serait-elle d’ordre religieux, politique ou social ?

 

S’AGIT-IL D’UNE RAISON RELIGIEUSE ?

 

On peut affirmer d’emblée qu’il ne s’agit pas de raison religieuse, puisque en Islam, il n’y a pas de contrainte en religion et que le jeûne n’est pas imposé de force à un non croyant. Alors, on peut se poser une deuxième question : de quelle « liberté de conscience », s’agit-il puisque ce groupuscule en a fait une revendication ! L’Islam a fixé des règles pour les minorités non musulmanes vivant en pays musulman. Ces minorités bénéficient de la liberté totale pour exercer leur propre religion ou croyances et l’Etat musulman doit même les aider à disposer des moyens nécessaires pour l’exercice de leur de leur culte (hiérarchie, tribunaux…). Cependant, ces minorités n’ont pas le droit, en terre islamique, de faire du prosélytisme ou de s’opposer aux lois et au culte musulman. Au sens islamique du terme, cette manifestation est dirigée contre l’Islam dans un pays dont la religion officielle est l’islam. Il s’agit donc d’un acte antireligieux dont les auteurs, en tant que minorité religieuse ou idéologique, doivent être poursuivis pour offense à l’Etat Algérien. Ce groupuscule serait–il inconscient au point de provoquer ouvertement la majorité de ce pays, en s’attaquant à leur foi. Il faut rappeler que le jeûne du mois de Ramadan représente un des cinq piliers l’Islam.

 

S’AGIT-IL D’UNE RAISON POLITIQUE ?

 

En quoi, le jeûne du Ramadan serait-il un argument politique pour un parti qui réclame une autonomie régionale ? D’abord, de très nombreux Kabyles sont musulmans et il serait vain et sans résultat de leur imposer de s’associer à une telle manipulation qui va à l’encontre de leur foi islamique, même s’ils sont pour l’autonomie de la Kabylie. Ce groupuscule est allé bien loin que nos adversaires idéologiques ou religieux. Même les laïcs, qui réclament la séparation de la religion et de l’Etat, ne sont pas allés aussi loin, puisque la laïcité, elle-même, respecte la liberté religieuse. S’attaquer politiquement au jeûne, c’est en fait s’attaquer directement à l’Islam.

 

S’AGIT-IL D’UNE RAISON SOCIALE ?

 

Ce groupuscule voudrait-il, au nom d’une pseudo-liberté de conscience, obliger les pouvoirs publiques à imposer l’ouverture des restaurants et cafés le jour pour permettre à quelques individus de se restaurer publiquement et de heurter la foi de la majorité de la population de ce pays. D’ailleurs une telle mesure serait contre productive sur le plan économique. S’agit-il de pyromanes, en mal d’incendies, qui cherchent à créer fomenter des troubles publiques pour asseoir leur ambition. On peut se poser aussi la question de savoir s’ils ne sont pas manipulés et téléguidés de l’étranger pour réaliser leur sale besogne.

DE QUELLES VALEURS S’AGIT-IL ?

 

On parle souvent de valeurs universelles. Quelles sont ces valeurs ? Seraient-elles celles de la dégradation et de la destruction ? De la désinformation et du mensonge ? De la manipulation et de la malversation ? Du dénigrement gratuit et de la fuite en avant ? Du reniement et du rejet de l’ordre ? Du vol et de la rapine ? De l’hypocrisie et de la duplicité ? De la médiocrité et du sous-développement ? De la division et de la séparation ?…
Pouvons-nous enfin tout nous permettre au nom d’une certaine liberté ou d’une démocratie à géométrie variable ? Ne pouvons-nous pas continuer à coexister en paix avec nous-mêmes, avec nos différences, nos pensées ou nos idées, ou même nos convictions et les a priori des uns vis-à-vis des autres ? Dans le respect de nos certitudes, mais aussi celles des autres ?

Personne ne peut imposer une religion à un autre, puisque Dieu ne l’impose à personne. Dieu donne à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire. Les valeurs à conforter sont celles qui nous permettent une coexistence pacifique apaisée ? Ne sommes-nous pas condamnés à vivre ensemble, à partager le même ciel, la même terre, la même mer, les mêmes peines et les mêmes joies ?

N’a-t-on pas d’autres priorités et d’autres préoccupations qui nous interpellent au plus haut point pour orienter notre attention vers la réalisation d’objectifs d’intérêt commun ? N’avons-nous pas d’autres besoins à satisfaire qui méritent toute notre concentration et notre mobilisation ? Entre autres : sécurité alimentaire et physique pour tous, qualité de vie en général, amélioration de l’enseignement et du niveau culturel de nos concitoyens ? Civisme ? Recherche scientifique, santé publique, lutte contre la corruption, la bureaucratie et l’analphabétisme ? …

N’avons-nous pas grand intérêt en fin de compte à rester vigilant et de ne pas céder aux chants des sirènes qui ne nous veulent certainement pas que du bien, qui guettent et exploitent nos nombreuses et multiples faiblesses même parmi les plus anodines ?

 

HALTE A LA PROVOCATION

 

NON JEUNEURSLe sens de liberté doit être compris par tous et principalement lorsqu’il s’agit d’un parti politique. La liberté, pour chacun, ne signifie pas de faire ce qu’il veut, là où il veut… dans le déni et l’irrespect de l’autre et des valeurs nationales (lois, liberté religieuse, culture, savoir-vivre ensemble) dans un milieu qu’on partage tous ensemble ? Ne dit-on pas que « la liberté de chacun doit s’arrêter là où commence la liberté de l’autre »?  Chacun est libre de jeûner ou de ne pas jeûner ! Chacun a le droit d’exercer librement ses propres convictions, mais il doit le faire dans le respect de la liberté d’autrui. En parlant de respect, une personne civilisée ne cherchera jamais à intenter ou à froisser ou heurter la sensibilité et les convictions d’une autre personne. Dans notre société, des règles du jeu et des traditions saines ont existé depuis toujours et ont réussi à cimenter, même durant la longue nuit coloniale, les diverses franges de la société algérienne. Les minorités ont toujours joui du respect et de la protection par la majorité. Il faut rappeler, dans tous les cas, que la responsabilité sociale incombe à chacun au niveau de ses propres actes vis-à-vis de lui-même, de la société ou par rapport à ses convictions.

La tolérance incombe à chacun ? Cependant, être tolérants ne signifie pas accepter toute forme de provocation ou d’arrogance. Ne confondant point les enjeux des conflits politiques ou identitaires avec le domaine du religieux. Ne créant point d’amalgame en brouillant les pistes, au risque de dresser les citoyens, les uns contre les autres et de briser les équilibres historiques qui ont toujours régi les différentes composantes de notre société. En entretenant la confusion sur le concept de liberté, on peut aussi imaginer toutes sortes de libertés susceptibles de déranger les uns et d’arranger les autres, ou vice-versa…