Études et analyses

La malédiction des urnes /Saber El Maliki

urnes

Quelle malédiction pourrait être plus terrible que celle que porte Ibliss (LA) depuis la nuit des temps. Celui qui s’était jugé supérieur à Adem (AS), puis insubordonné à l’ordre d’Allah (ST), ne mesurait pas combien son ego démesuré allait sceller son destin funeste parmi les créatures. L’Eternel l’a voulu ainsi et ce fut ! Non pas qu’Ibliss ne reconnaissait pas à Allah sa suprématie absolue, au contraire, c’est par celle-ci qu’il jura mener à leur perte les enfants d’Adem (AS) et ce jusqu’à la fin des temps (Sourate Al Aaraf, versets11-27).

 

L’orgueil, l’insubordination puis la malfaisance, une trilogie satanesque qui, selon l’ordre historique de l’avènement, conditionnera autant des descendants d’Ibliss (LA) que ceux d’Adem (AS) sous le qualificatif de « Chayatines », diables. L’ordre s’inverse, selon la conception coranique quand leurs descendants réciproques se susurreront mutuellement l’enjolivement de leurs actes. Cherchez la victime !

 

Le conflit originel

 

Ibliss (LA) désirait la « Khilafat » octroyée à dessein par Allah à Adem (AS). Lui a-t-elle été proposée ? J’en doute et le Coran ne le précise pas. Contrairement aux Anges, Ibliss (LA) réagit par mimétisme. Il sera non seulement le malheureux candidat autoproclamé de cette mission, que les cieux et la terre ont déclinés leur incompétence à l’assumer, de plus, le leadership sur les créatures lui échappera définitivement. Une double sanction, ressentira-t-il, qui lui fera vainement justifier sa désobéissance au moment de l’adoubement d’Adem (AS) : « tu m’as fait de feu et tu l’as fait de glaise ! ». Quel gradient de valeur diffère-t-il le feu de la glaise ? Aucun ! Une similitude, une égalité qu’Ibliss (LA) ne supporta pas du fait de son désir d’usurpation et de domination. Si leurs natures organiques les différencient, le désir est leur essence commune. Mu par cette essence, Ibliss (LA) plaide vainement devant Allah (SA) cette différence organique en faisant d’elle un argument de réclame, un mensonge, et la source du conflit. Je désire ce que tu possèdes ou ce qui t’as été attribué, la source du privilège, alors j’œuvre pour t’en déposséder et je crée ce qui fait l’essence de la société, le conflit. Dans la bouche d’Ibliss (LA), cela ce traduit par te nuire. Ah, privilège quand tu nous tiens, par la force ! C’est « l’état de nature », comme le disent les philosophes, «  La Djahiliya » selon la conception coranique, que seul le droit et la politique permettrait de dépasser.

 

Les parenthèses sclérosantes

 

Les urnes sont le moyen qui a réussi à tous les peuples développées d’aujourd’hui pour préserver leurs acquis, principalement la paix, et promouvoir l’effort et la créatvité. En terre d’Islam, le modèle du suffrage universel a été imité dans ses aspects instrumentaux mais pas dans ses finalités.

 

L’Egypte vit son deuxième coup d’Etat militaire soixante une années, mois pour mois, après celui mené par Nacer en 1952, fermez la parenthèse, celui de l’épanouissement d’une nation phare de la Ouma. Ce n’est malheureusement pas la seule nation en terre d’Islam mise entre parenthèses.

 

En dehors des monarchies, aucune république arabe n’échappa à la parenthèse des baïonnettes. En dehors des républiques, les monarchies sont l’essence de la parenthèse par lignage. Les deux parenthèses ne s’excluent pas et leurs connivences ont fait de l’Egypte de 2013 le théâtre de leur félonie.

 

Les ruptures satanesques ou la méritocratie alibi

 

Dans un espace civilisationnel réputé pour son immobilisme séculaire, la terre d’Islam, l’innovation en matière d’asservissement du sujet humain par le fer est, au contraire, toujours florissante. La rupture inaugurale avec le modèle de suffrage et de gouvernance des Khalifes bien guidés, Aboubakr (RA), Omar (RA), Othmane (RA) et Ali (RA), teinta de bleu le sang des prétendants à la fonction suprême au sein de l’Ouma. Ce bleu prendra initialement la forme d’un « Qoreichisme » à l’origine de nombre de rebellions et de sectarisme armée en terre d’Islam, dont l’Ouma paye encore le prix de la division et du fratricide. Le concept de « Firka anadjia », la compagnie sauvée, amplifiera les dissensions qui plongent au plus profond de l’histoire des musulmans. Les « ismes » patronymiques se succèderont, alors, au détriment d’une Ouma à la corde au cou.

 

La seconde rupture fut celle du règne des janissaires, une armée de miliciens créée au XIV siècle avec la bénédiction des panenthéistes de l’époque. Le sang a, depuis, perdu de son azur et laissa place à une « méritocratie » côtoyant le plus souvent des suzerains potiches. La suite nous la connaissons, le déclin de la fonction de Khalifat et le coup de grâce des accords de Sykes-Picot.

 

La « méritocratie » s’érige en modèle de gouvernance dans le monde arabo-musulman post-colonial. Teintée de bleu, l’une de ces méritocraties naîtra de l’adoubement par les maîtres d’œuvre des accords de Sykes-Picot de vassaux du « Bab Al aali ». Ils seront propulsés, à dessin, à la tête de quelques peuples rescapés du dépeçage de l’empire ottoman. Les unes feront fonction de puisatier du combustible universel, les autres feront fonction de garde-frontières des déchets de la colonisation occidentale en terre d’Islam. Cette méritocratie bleutée s’accroche à n’importe quelle branche de l’arbre généalogique mohamétane afin de s’arroger une immunité voire une infaillibilité par le reflet de la présumée ascendance. La moindre contestation de leur règne et de leur gabegie devient alors blasphématoire et sanctionnée par des fetwa à la carte des oulémas du sérail.

 

Légitimée par le sang versé, ou par l’art du maniement des armes, l’autre forme de méritocratie puise sa matière de la plèbe et sa puissance du monopole de la violence, leg du modèle colonial. Depuis le recouvrement des territoires colonisés, et en dehors du franchissement héroïque de la ligne Bar-Lev en 1973, le feu de ses armes n’a eus pour seules cibles que la poitrine de leurs peuples et celle de leurs frères. Les uns font fonction de gendarme de la région ou du territoire reconquis, les autres de mercenaires sous couvert de fetwa du conseil de sécurité des Nations Unis.

 

En un demi-siècle de manipulations politico-sociales en terre d’Islam, une hybridation de ces deux méritocraties donna naissance à une forme d’autocratie inédite, si ce n’est en occident durant le moyen âge.

 

Cette nouvelle forme d’autocratie est une autre exclusivité, ou presque, du monde arabe. Il s’agit d’une mutation militaro-mercato-clanique (MMC), faute de mutations démocratiques et de prospérité économique. Assad a ouvert le bal des familles MMC régnantes suivi de Sadam, Khadafi et Moubarak, les trois derniers furent les malchanceux de cette mutation contre nature. L’héritier du premier décime actuellement le peuple de Syrie faute de pouvoir court-circuiter les urnes par un tour de passe-passe para-constitutionnel, les bourrer de bulletins ou les maudire par un coup de force. Et l’idéologie dans tout ça ? Nihil ou presque ! Ne me dites pas la laïcité ! L’Algérie en 1991, l’Egypte en 2013, l’argument du procès d’intention est le même. «  on ne peut pas réduire l’Etat moderne démocratique au processus électoral, d’autant que ce processus aboutira à la remise en cause de la nature moderne et démocratique de l’Etat. La preuve qu’il y a une contradiction entre la modernité et l’islam(isme) ».  Comment ?

 

LA : Laanahou Allah

 

AS : Aalaihi Assalam

 

ST : Soubhanahou oua Taala

 

RA : Radiya Allahou aanhou