Études et analyses

Sahel : QUEL RÔLE POUR L’ALGERIE ? /Nacer Nadji « Le Jeune Musulman N°10 »

NADJILe sahel africain s’étend de l’océan atlantique à la mer rouge et fait la transition entre le Sahara, plus grand désert du monde et la savane. Les risques climatiques, sources de sécheresse et d’une insécurité alimentaire chronique, caractérisent ce champ aux limites floues. Toute la région du Sahel est menacée par la situation chaotique qui prévaut au Mali et en Libye. Zone stratégique de l’Afrique, carrefour de conflit, le Sahel est une ceinture Sahélienne recouvrant, entièrement ou en partie le Sénégal, le sud de la Mauritanie, le Mali, le nord du Burkina Faso, le Niger, le nord du Nigéria, le centre du Tchad le centre du Soudan, le Cap Vert et l’extrême sud de l’Algérie. Cette région est principalement une zone de pastoralisme et de nomadisme parcourue par les mêmes groupes ethniques dont les Touaregs, les Bagarra, les Zaghawa  etc.… Et diversifiée dans sa répartition religieuse.
L’émergence d’une menace pour la sécurité.

La région du Sahel risque d’être le théâtre d’un nouvel « Afghanistan ».Les ingrédients sont la. Les divergences entre les groupes armés (Al Qaida au Maghreb, Ansar Eddine, mouvement Unicité et Jihad en Afrique de l’ouest, le mouvement national de libération de l’Azawad) et les combattants Touaregs qui renouant avec la rébellion, réclament l’indépendance du nord du Mali, divergences, donc autour de la prise des villes, du narcotrafic, la prise d’otage. Tout le monde est armé avec, à la clef, des armes lourdes .Suffisamment armé pour faire une guerre à long terme. Il est vrai que la guerre en Libye et l’effondrement du nord du mali ont fait que des milliers d’armes circulent dans cette région aux frontières poreuses. Au Niger, une reprise de la rébellion Touarègue menace. Face à ce décor de guérilla, les pays voisins se préparent déjà au pire. Un pire qui se présente sous forme d’éventuelles actions terroristes ciblant les intérêts Algériens, mais aussi des tentatives d’infiltration de terroristes sur le sol du pays. Non seulement, les frontières Algéro-Maliennes sont renforcées par des détachements des unités de l’ANP et des GGF, mais on parle aussi, de gros moyens d’armement qui sont installés au cas du pire. D’ailleurs, la confirmation de cette menace potentielle a été faite par Oueld Kablia, ministre de l’intérieur Algérien, en disant que « L’Algérie ne cache pas ses craintes des répercussions de la situation au nord du Mali ». L’attaque conduite par AQMI le 16 janvier contre le site gazier d’In Amenas constitue un tournant. En intervenant sur une installation gazière à l’intérieur du territoire Algérien, les narcotrafiquants ont choisi de pousser l’Algérie dans la crise.

Des positions équivoques ?
Jusqu’à récemment, la politique suivie par Alger visait à essayer de contrôler, voir instrumentaliser, certains groupes opérant au sud de sa frontière. Ainsi tout en soutenant Ansar Eddine, le gouvernement Algérien avait également maintenu les contacts avec le MNLA, ce qui avait permis d’organiser des rencontres entre les deux mouvements à Alger dans la perspective d’une reprise du dialogue avec le médiateur de la Cédéao. Mais les événements se sont précipités, Ansar Eddine qui avait accepté de suspendre les hostilités, est revenu sur son engagement. Les djihadistes d’AQMI et du Mujao ne pouvant constituer des interlocuteurs, puisqu’ils sont officiellement considérés comme terroristes. Alger a alors manifestement perdu un important levier politique dans la région. L’attaque du 16 janvier n’a fait que confirmer l’échec de cette approche. Il est vrai que, depuis la décennie noire qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts, Alger n’a jamais « dialogué » avec les terroristes. Même sous la récente pression des Britanniques et des Japonais qui ont appelé les autorités algériennes à mettre un terme « immédiat » à leur assaut contre le site gazier d’In Amenas. Certains  critiquent la position Algérienne qui mène sur son sol une guerre implacable contre le terrorisme mais qui abrite, assiste et appuie le terrorisme chez l’autre. Alger ne cache pas sa volonté de s’établir comme une puissance régionale dominante au Sahel en se plaçant à la tète d’un groupe de sécurité régional crée dans une large mesure par ses soins, et comprenant la Mauritanie, le Mali et le Niger, censé être suffisant pour dissuader toute intervention militaire étrangère dans la région qui regorge de richesses et qui attisent les convoitises. Ses vastes réserves minières stratégiques-Gaz, pétrole et uranium mais aussi or, bauxite et phosphates en font une destination fort prisée.
Quelle sera l’implication de l’Algérie dans la résolution de la crise sécuritaire au Sahel ?
Les questions sécuritaires, économiques, politiques et diplomatiques de la région ne peuvent être séparées, mais doivent au contraire être traitées simultanément et globalement.  Estiment les experts de la crise Sahélienne. Afin d’harmoniser sa stratégie en matière de sécurité, la région a établi un comité militaire joint(CMJ), basé à Tamanrasset en Algérie. Cette initiative mérite un soutien franc des partenaires internationaux pour appuyer les efforts de ce (CMJ) en faveur d’une paix durable. A ce propos, l’Algérie a abrité durant le mois de juin, deux rencontres internationales. Des experts de 28 pays au moins, dont ceux du Sahel se sont prononcé sur la prohibition des paiements des rançons, les mutations de l’activité terroriste et la criminalité organisée. Ainsi que la stratégie régionale intégrée  et qui consiste à apporter des solutions concrètes aux problèmes du Sahel en proie à une crise multidimensionnelle (Gouvernance, sécurité, droit de l’homme, développement).
«  L’Algérie doit être au centre de la solution » estime Washington. «  L’Algérie étant l’état le plus puissant de la région, elle est devenue un partenaire crucial pour s’occuper de tout ces problèmes. Dans le contexte de ce qui se déroule dans le nord Mali, l’Algérie est de plus en plus importante ». Cela a été au cœur des discutions entre Alger et Washington.