Études et analyses

FÊTE DE L’INDÉPENDANCE …51 ANS APRES /Abdelghani Kada-Kloucha « Le Jeune Musulman N°10 »

kada klouchaSOCIETE UNIE, DEVENUE UNE MOSAIQUE


Aujourd’hui, nous fêtons la 51ième année d’Indépendance. Qu’en-est-il en fait de notre Indépendance si chèrement acquise depuis ? Sommes-nous aujourd’hui au rendez-vous de l’Histoire ? Avons-nous été à la hauteur des aspirations et des attentes de millions de concitoyens ? Sommes-nous vraiment fidèles au sermon prêté à nos Martyrs qui ont tout sacrifié avec une foi profonde et beaucoup de convictions ?

Au-delà, d’une idéologie à une autre, de l’absence de stratégie globale, du rejet non déclaré de nos propres valeurs, d’une improvisation à une autre, d’une réforme à une autre, d’une politique au jour le jour, de conflits partisans latents ou déclarés, d’opportunités ratées, de ressources de toutes sortes dilapidées, d’incohérences en matière d’objectifs réalistes et réalisables, du laxisme dans l’application de nos propres lois, du manque de contrôle, de carence dans le suivi de nos actions, de déficiences ou de malversations ou la quasi absence de responsabilité à tous les niveaux, … Les constats sur tous les plans sont amers, à la limite du désastre.

En dehors du défaut d’application de nos propres lois, rares sont les secteurs qui échappent aux constats pitoyables récurrents : milieu social désagrégé; économie moribonde; école sinistrée (du primaire à l’université); élite nationaliste et compétente marginalisée; production agricole médiocre (terres abandonnées); artisanat sacrifié (à cause d’une manne pétrolière et gazière facile); force de travail inexistante; structure familiale éclatée; chômage endémique et durable; jeunesse livrée à elle-même (harragas) ; fuite d’intellectuels (cerveaux) à l’étranger ; fléaux sociaux non pris en charge (corruption, trafics en tout genre, drogues, délinquance… hogra… violences… insécurité… suicides…); bureaucratie de l’administration (mépris du citoyen); santé publique (réellement agonisante); justice dévoyée (n’en parlons pas !)…

 

La société, naguère solidaire et unie, est devenue une mosaïque formée de clans régionalistes, communautaristes, religieuses (sunnites, chiites, wahhabites, salafistes…).
Et dire que les Algériens avaient, au lendemain de l’Indépendance, un capital considérable de sympathie, partout dans le monde. Pratiquement, toutes les portes nous étaient directement ouvertes. Le monde entier admirait l’ampleur de notre combat, de nos sacrifices et de notre résistance durant plus de 132 ans de colonisation féroce et inhumaine. Tous les pays du monde admiraient notre volonté farouche et cherchaient à nous soutenir pour faire nos premiers pas en temps que nation libre, alors démunie de tout (cadres, absence de ressources et de moyens financiers …).

            CAUSES DU DELABREMENT SOCIAL

L’Esprit sain, confiant et engagé d’alors, nous a permis de constituer le 1er budget du pays, à travers le fameux « Fonds de Solidarité Nationale », appelé « SANDOUK TADAMOUN », où chaque Algérien ou Algérienne donnait tout ce qu’il avait de plus précieux, sans hésiter ou penser à lui-même ou au lendemain. C’était là, la contribution concrète et sans calcul de tous les citoyens allant du plus modeste au plus nanti.

 

Aujourd’hui, certains se plairont à dire froidement et sans remords, c’était : « d’autres temps, d’autres mœurs » ! La recherche de l’intérêt individuel et du gain facile a supplanté l’intérêt général et le partage en commun. C’est la course effrénée à l’enrichissement individuel et à l’égoïsme primaire. L’argent n’a plus d’odeur, nous dit-on ! Tout le monde vole, donc je vole aussi ! Et, au nom de cette logique aberrante, absurde et dangereuse, on se donne le droit de tout nous permettre ! Y compris celui de piétiner nos valeurs sacrées, perdant l’essentiel de nos repères, reniant et rejetant nos fondements. On a totalement oublié que, c’est grâce à l’attachement à nos valeurs ancestrales, transmises de père en fils, que les Algériens ont su puiser la source de leurs convictions pour oser se soulever et faire face avec succès à l’une des plus grandes puissances mondiales, dotée de moyens militaires les plus sophistiqués de notre époque !

 

Qui en est responsable de ce désastre ? Au final, on se rejette la responsabilité, les uns sur les autres ! On cite, pêle-mêle, le colonialisme, le système, les anciens, la malédiction divine… En réalité, chacun doit assumer sa propre responsabilité individuelle. Chacun y est forcément pour quelque chose. Chacun de nous a laissé faire, consciemment ou non, pensant à tort ou à raison, que la gestion des choses de la vie concerne exclusivement les autres !

Quand on n’a pas parfois applaudi des deux mains ! Entretemps, on a oublié le phénomène inexorable de l’accroissement de notre démographie. On était bien moins de 10 millions de personnes en 1962, on est, aujourd’hui, à près de 40 millions, soit quatre fois plus. On sera plus de 50 millions en 2030 et environ 60 à 70 millions en 2050 (c’est-à-dire demain ou après-demain). Et, tout ce monde doit vivre décemment, se soigner, se former, travailler, s’alimenter, se loger, se laver, fonder des foyers, éduquer les enfants, construire son avenir et celui de ses proches…

Avec le recul nécessaire, on peut décrire globalement en trois phases les péripéties qui nous ont conduits à ce délabrement social :

1. on nous a menti consciemment ou non en nous disant qu’on était les plus grands révolutionnaires, les plus intelligents, les plus, les plus …

2. On a cru, de bonne foi, aux mensonges qui nous ont été distillés sur les bienfaits du socialisme, de l’autogestion, de la réforme agraire, de la gestion socialiste des entreprises…).

3. On a nous-mêmes, encore peut-être de bonne foi, menti à notre tour à nos propres enfants (et c’est cela le plus grave) ! Alors, comment peut-on écarter d’emblée notre responsabilité individuelle ?

              LE CONSTAT EST AMEREMENT…AMER

Et après tout cela, on se surprend à chaque fois, pour nous consoler, à déclamer des formules passe-partout du genre :  » Al-hamdou lil-Allah  » –  » Allah ghaleb  » –  » El baraka fel Klil  » …!!! Tout en se dirigeant sans arrêt vers le fond de l’abîme ! Fatalisme, quand tu nous tient ! « L’essentiel, c’est la santé « , nous rétorque-t-on, aussi !

Et, à propos de santé, on est tout fiers de nos statistiques nationales : près de la moitié au moins des Algériens sont soit hypertendus ou diabétiques ou cardiaques ou les deux, voire les trois à la fois !!! Et, ce n’est plus les personnes âgées (les vieux) qui sont les plus atteintes !

Ce qui ne dégage aucun citoyen, quelque soit son niveau social, de la responsabilité du mauvais comportement au sein de la société. La responsabilité est lourde au sommet de la pyramide, mais elle est tout aussi importante au bas de l’échelle. Rappelons-nous à ce titre ce qu’a déclaré Gandhi à ses concitoyens en 1917 : « Tant qu’un passant, dans une rue de Bombay ou de Calcutta, risque de recevoir d’une fenêtre un crachat sur la tête… l’Inde ne mérite pas l’Indépendance » !

En conclusion – oui l’espoir est toujours permis, il est même requis. Seulement il repose sur la condition de se retrousser enfin les manches et sérieusement. Les solutions existent. Chacun en détient une partie. Prenons résolument la décision de quitter définitivement cet esprit d’assistanat qui nous a conditionnés depuis de longues décennies et un état d’esprit qui nous a conduits à tendre la main pour prendre ou recevoir au lieu d’apprendre à donner aussi.

On a eu probablement tort de toujours attendre que la solution vienne « d’en haut ». Certains, même aujourd’hui, continuent d’y croire, avec parfois un certain succès avec la technique des bidonvilles mobiles. Au stade où nous en sommes aujourd’hui, on doit changer notre comportement et admettre, une fois pour toute, que la solution de nos problèmes, se pose à la fois au niveau d’abord INDIVIDUEL (responsabilisation) et au niveau collectif (organisation). Ce n’est qu’à ce prix là, qu’on peut enfin mériter pleinement notre indépendance (assurer au moins notre autonomie alimentaire) pour pouvoir enfin fêter notre indépendance dignement.